Ce que les consommateurs attendent de la presse

Peut-on vivre sans presse écrite? C’est la question posée le 16 novembre par En ligne directe, l’une des émissions les plus innovantes de la RTS, qui lance chaque jour un débat sur Twitter et alimente grâce aux réseaux sociaux une  séquence de 30 minutes d’antenne le lendemain matin à 8 heures. Motivé par la récente annonce d’un plan social au quotidien romand Le Temps, le débat du 16 novembre n’a pas totalement évité le piège d’une querelle des anciens contre les modernes, certains soutenant que le papier allait disparaître, les autres qu’il demeurerait. Une opposition qui n’a pas de sens:

Si la presse est encore aujourd’hui largement diffusée sur papier, c’est parce que ce mode de faire, malgré des frais de production énormes et un système de distribution handicapant, dégage des revenus au contraire d’une diffusion sur Internet. Le jour où ça changera, dans les secteurs où ça changera, l’actu se passera de papier.

Pendant des décennies, la presse écrite a perdu du terrain au profit de la radio, du cinéma, de la télé. A l’arrivée d’Internet, le mouvement de désaffection des journaux s’est poursuivi, avec quelques exceptions. Puis les revenus de la publicité ont chuté. Mais, si Internet est bien multimédia par essence, le texte et la photo y règnent en maîtres. Depuis l’arrivée de Google News, puis des réseaux sociaux, les entreprises de presse y sont donc en position de force en termes de contenu. Mais la presse elle-même peine à réaliser, d’autant que commercialement, ça ne se voit pas.

« Je ne lis pas la presse, je m’informe sur Internet »

A cet égard, le débat sur Twitter et la séquence de direct de la RTS (à laquelle j’ai brièvement participé) furent intéressants. Voici quelques constats qui peuvent en être tirés. Continue reading

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De #Scotus à #Sandy, l’agonie du direct

A l’heure où le direct télévisé envahit la culture professionnelle de tous les autres médias, grâce notamment à Twitter et Facebook, le passage de l’ouragan Sandy sur la Côte Est le 29 octobre 2012 a représenté un test grandeur nature pour l’infrastructure médiatique newyorkaise et pour les grandes chaînes d’info en continu. Devinez qui a gagné. 

Le mardi 30 octobre en soirée, Brian Williams présentait sur NBC un compte rendu des dévastatations provoquées tout au long de la côte de la Virginie au Connecticut par Sandy, le pire ouragan jamais observé dans le nord des Etats Unis.Une attention particulière est portée sur le drame de Breezy Point, petite communauté côtière de New York, dont 100 maisons ont brûlé après avoir été inondées. Suit une mise en perspective: faut-il moderniser les infrastructures, supprimer les lignes électriques aériennes, etc. Des informations chiffrées font un état des lieux précis, de multiples reportages rendent compte des dégâts, des dizaines de témoignages, des conférences de presse, des interviews de spécialistes font dans la soirée un tableau complet, informatif, dense (mais provisoire, évidemment).



CNN a fait de même toute la journée. Mettant la campagne présidentielle en stand-by, les reporters les plus aguerris ont déployé des moyens hallucinants, sur une part substantielle du territoire, pour documenter cet incroyable désastre. On découvre les images d’un hôpital, évacué en pleine nuit pour défaut de courant. Celle d’un village du New Jersey, ensablé par les dunes écrasées par les vagues. Celles du métro de New York submergé, des rues vides, des taxis noyés.  Celles de l’incendie du Queens dans lequel 100 maisons transmises de générations en génération ont disparu dans l’eau et les flammes. Et enfin, les reporters suivent la longue traine blanche que l’ouragan a laissée derrière lui à l’intérieur des terres, aspirant un front froid qui enneige la Virginie.

En direct de flaque en flaque

La veille, pendant la tempête, le tableau était tout autre: pour ne parler que de CNN, la dramatisation qu’elle a sécrétée pendant plusieurs jours s’est concrétisé lundi par le programme probablement le plus ennuyeux et improductif depuis l’invention de la télé.

Ce jour-là, une grue a plié, menaçante, au sommet d’un building; la marée montante a envahi Battery Park et s’est retirée, deux fois; la ville d’Atlantic City a été partiellement inondée. Ces trois événements ont occupé chacun plusieurs heures d’antenne, faisant l’essentiel de la journée. Trois des plus grands reporters de la chaine, Erin Burnett à Battery Park, Ali Welshi à Atlantic City et Anderson Cooper ici et là, ont livré un grand nombre de comptes rendus, en alternance avec les studios de la chaîne, bravant la tempête pendant des heures, luttant héroïquement contre la montée du niveau d’eau et la force du vent. Ils ont probablement travaillé non-stop pendant près de 48 heures, tout comme les cadreurs, ingénieurs du son, chauffeurs, pilotes, photographes. L’infrastructure géante de la chaîne a tourné à plein régime, faisant l’impasse sur l’essentiel de la pub, et limitant les interventions sur la présidentielle.

Le résultat est surréaliste: A Atlantic City, Ali Velshi a les pieds dans l’eau, parfois un peu plus. Il est filmé en plan large, au milieu d’un carrefour, luttant contre un vent de plus en plus violent. Mais s’agit-il d’un débordement localisé, ou de l’Atlantique qui s’invite au centre d’une grande ville? Le petit bonhomme rouge au centre de l’écran pourrait bien avoir les pieds dans une grosse flaque, le champ d’une caméra fixe, ça reste le champ d’une caméra fixe. Le niveau d’info est inversement proportionnel au niveau d’eau.

Au sud de Manhattan, Erin Burnett tente de dramatiser la montée des eaux, avec un succès mesuré. De fait, la crue sera historique et fera d’énormes dégâts, provoquant l’évacuation de plusieurs hôpitaux et paralysant les transports. Mais pour l’heure, les joggers continuent à passer dans le champ de la caméra, au grand désarroi de la présentatrice restée en studio.

Lundi vs mardi

C’est donc seulement le lendemain que le travail des équipes de CNN a payé. Mardi, dans la matinée, les conséquences de la tempête sont devenues plus claires. Les reportages de dizaines d’équipes affluaient, et ils parlaient et montraient tout autre chose: une côte du New Jersey dévastée pendant la nuit, des villages ensablés par l’effondrement des dunes, des milliers d’opérations d’évacuations en cours, le transfert à la lampe de poche de 200 patients hospitalisés à Manhattan, un incendie géant dans un quartier côtier du Queens, l’inondation du métro, la détresse du maire de Hoboken, qui a du faire appel à la garde nationale pour sortir des eaux ses administrés clapotants, les tempêtes de neige et les pannes de courant à l’ampleur elle aussi historique. (Le récit de la journée et les meilleures sources sur la Semaine Américaine)

En se plaçant judicieusement sur un territoire gigantesque, les équipes de CNN ont certes apporté quelque idée de ce qu’il se passait lundi sur la Côte, alors qu’il était risqué de sortir pour l’essentiel des habitants de Nouvelle-Angleterre, et presque impossible de circuler. Mais les drames racontés le lendemain sont d’une ampleur sans commune mesure avec le côté grand guignol de ces reporters amphibies. (soyons justes: lundi et mardi, ce sont semble-t-il les mêmes qui ont bossé. Un tour de force).

Le direct « pieds dans l’eau » a donc ses limites: pour vraiment avoir une (petite) idée de ce qui était en train de se passer, il fallait se tourner vers les réseaux sociaux: On y trouvait de l’info mais aussi des documents, photos, vidéos. Mais même celles-ci doivent être mises en contexte, traitées, éditées, et cela va sans dire, vérifiées. De nombreux hoax ont circulé, et c’est essentiellement le travail des journalistes qui permet aujourd’hui d’avoir accès à cette masse de documentation fournie par le public. Poynter fait un point sur la riposte que médias et réseaux sociaux ont mis en place pour permettre de séparer le réel du chiqué. « L’information en situation d’urgence est un service public qui doit être coordonné » constate le site.

L’autre point sur lequel la télévision n’a pas tenu têtes aux journaux et aux réseaux sociaux, c’est que les informations arrivent les unes après les autres sur une durée très longue. La plupart des gens ne passant pas leur journée devant la télé, une info ancienne de quelques minutes est perdue à jamais. Allumer la télé pour savoir si votre train va partir est inutile. Sur les live-blogs, non seulement la succession des événements est réspectée, mais il y a à tout moment possibilité de trouver tout ce qui a été écrit dans les heures précédentes.

Un autre aléa du direct: la décision de la Cour Suprême sur l’Affordable Care Act

Le 28 juin 2012 aux alentours de 10 heures, c’est un autre aspect de l’info en direct qui a malmené les télés, lors d’une décision de justice: Fox News et CNN, les deux faux frères de l’actu, ont annoncé pendant environ 5 minutes chacun que la Cour suprême des Etats-Unis avait invalidé la réforme maitresse de Barack Obama: l’assurance obligatoire des soins. Cependant, cette information était fausse, les juges ayant voté en faveur de la loi. CNN s’est laconiquement excusée quelques minutes plus tard, et Fox News s’est contenté d’affirmer que la Newsroom avait livré les faits tels qu’ils arrivaient: deux aspects avaient successivement été examinés par les juges. L’inconstitutionnalité du mandat individuel, constat semblant invalider la réforme, figure dans la décisision deux pages avant sa transformation en taxe (qui, elle, peut être décidée par le Congrès en accord avec la Constitution. L’essentiel de la réforme était donc sauvé).

La tâche n’avait pourtant pas été insurmontable pour tout le monde. Le blog spécialisé ScotusBlog (pour Supreme Court Of The United States) a mis en place un liveblogging qui avait fait ses preuves lors de précédentes décisions. Une équipe relativement réduite et une bonne mise à jour des moyens techniques ont permis à ce blog de réunir des centaines de milliers de lecteurs simultanés sans faillir. Les spécialistes ont répondu aux questions des internautes jusqu’à la dernière seconde pour poser le cadre des décisions à venir, puis se sont attelés à comprendre la situation dès que les juges ont débuté la communication de leurs décisions.

Les juges ont d’abord donné leur opinion par oral; enregistrement interdit. Les spécialistes du Scotusblog ont alors tenu leurs lecteurs informés du contexte, donnant les informations au compte-goûte, à mesure qu’elles arrivaient et qu’elles étaient comprises, en expliquant comment ils obtenaient l’information. En l’absence de toute fuite, les opinions livrées à 10 heures du matin ont fait l’objet de dépêches par Bloomberg, puis Reuters, dans la même minute: 10 heures 07. Les informations du Scotusblog ont permis à de nombreux journalistes hors de Washington de donner l’information exacte aux alentours de 10 heures et quart.

Le direct télévisé c’est peut-être bon pour les couronnements, les slaloms géants et les débats présidentiels. Mais pour l’actu, désormais, il y a mieux.

Le correspondant aux Etats-Unis de la Radio suisse romande RTS est intervenu dans l’émission Médialogues sur cette question. A écouter ici

 

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Je lis donc je suis. Et Facebook feint de l’ignorer

Le « partage Facebook », c’est bien. Une partie non négligeable de mes lecteurs arrivent sur Sokiosque (ou sur mon autre blog, la Semaine Américaine 2012) grâce aux liens que j’établis sur Facebook. Une partie non négligeable de mes lectures sont engendrées par les propositions que je trouve sur les réseaux sociaux. Une partie non négligeable des débats entre lecteurs, toutes publications confondues, m’est connue parce qu’ils ont lieu sur Facebook.

Le Washington Post, le Guardian et désormais Time: En interconnectant son compte Facebook avec son accès à l’un de ces journaux, on les autorise à publier sur Facebook en son propre nom. Il s’agit essentiellement d’annoncer à tout son réseau qu’on a lu tel ou tel article (c’est une option dont on peut se défaire, mais c’est parfois compliqué). La logique commerciale est sans doute assez simple: plus les lecteurs établissent de liens vers les publications, plus le nombre de clics vers les articles vont augmenter. Comme ces pages contiennent toutes de la publicité, les clics génèrent aussi des revenus en proportion. Alors l’automatisme, c’est peut-être bon pour les chiffres, mais c’est l’anti-thèse du partage. Continue reading

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Et pendant ce temps là, à Montréal

Il y a trois jours que je séjourne à Montréal, le 14 mai dernier, quand je quitte mon hôtel à la tombée de la nuit, direction Berri-Uqam. J’avais découvert en arrivant que le mouvement de grogne étudiante dont il était vaguement question dans la presse internationale était ici dans toutes les conversations.

Une hausse des droits de scolarité dans les universités du Québec est en cause. Des universitaires rencontrés sur place me brossent rapidement un portrait de la situation: une hausse des taxes étalée sur cinq ou sept ans, des frais plus élevés qu’en Europe, mais moins qu’aux Etats-Unis et dans le reste du Canada. En plus du contexte économique difficile, le Québec du printemps 2012 se distingue, pour mes interlocuteurs du moment, par les déclarations incendiaires de son premier ministre, le libéral Jean Charest (ce qu’en pense Le Devoir), et par un feuilleton bien orchestré par la presse locale sur la corruption entre le milieu politique et la construction. Le mouvement étudiant dure depuis 12 semaines. Quelques jours plus tôt, de jeunes écervelés ont lancé des fumigènes dans le métro, paralysant le système et effrayant ses passagers. Ils ont été arrêtés et l’un d’eux risquait 10 ans de prison pour « incitation à craindre un attentat terroriste ». Comme les cours sont interrompus un peu partout dans le secondaire supérieur et les universités, les manifestants, qui portent un carré rouge, sont parfois contrés par ceux qui veulent reprendre le cours du semestre, et portent logiquement un carré vert. Ambiance… Continue reading

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Médias sociaux: Arianna Huffington et le maintenant perpétuel

Les réseaux sociaux obsèdent les médias: les conférences sont pleines de gens qui expliquent comment on peut amplifier la couverture d’un évènement, mais plus personne ne se demande si ce qu’on couvre vaut la peine ».

Celle qui lance cet avertissement n’est pas une jeune sociologue sortie d’un laboratoire de critique des médias. C’est la Grande Prêtresse des nouveaux médias, de l’agrégation, de la « curration » et du partage: Arianna Huffington vient de publier dans le Huffington Post un long billet sur la hierarchisation de l’information à l’ère des médias sociaux. Continue reading

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La Timeline du New York Times donne le ton

Dès aujourd’hui, Facebook permet de présenter ses pages sur le même principe de timeline que les nouveaux profils. Du coup, pour ceux qui ont les moyens et l’envie d’entretenir plusieurs profils sur facebook, l’abandon des pages que je préconisais la semaine passée n’est plus indispensable (par contre, il FAUT laisser vos lecteurs s’abonner à votre fil).

Parmi les premiers à avoir procédé au ravalement de façade, le New York Times. Il vaut la peine de s’arrêter sur l’usage que la vieille dame grise fait du dernier-né des outils Facebook. Continue reading

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FACEBOOK – Laissez vos lecteurs s’abonner à votre fil


Lancé à la fin 2011, l’outil « s’abonner » de Facebook est encore peu utilisé en Suisse romande. Mais sur la Côte Est des Etats-Unis il a, en quelques mois, passablement bouleversé l’usage que les journalistes et les personnalités publiques font du plus grand réseau social en ligne. Cette expérience est-elle transposable en Suisse romande? En partie. Et à la veille de l’entrée en bourse la plus importante de la net économie, il vaut la peine de s’y intéresser. Continue reading

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Le journalisme avec Twitter

VisibleTweets.comDans l’article ci-dessous, paru sur DNAInfo, un site d’infos locales de Manhattan, Sree Sreenivasan, professeur à l’Ecole de journalisme de Columbia University et doyen en charge des affaire étudiantes, explique comment tirer parti de Twitter.

Aux Etats-Unis, de plus en plus de journalistes se servent de Twitter pour attirer l’attention sur leurs publications, mais aussi comme outils de veille, moteur de recherche, moyen de contact avec des sources, prise de température, conversation avec les lecteurs, fact-checking… En Suisse, ces usages ne sont pas aussi répandus, notamment parce que peu de politiciens se servent efficacement ou intensément de Twitter. Parfois, leur pertinence est moindre du fait d’un étalement géographique réduit. Néanmoins, puisque nous sommes nombreux à nous en servir souvent encore à tâtons… voici

Six trucs pour journalistes afin de mieux utiliser Twitter

Par Sree Sreenivasan – Traduit de l’anglais et adapté avec l’aimable autorisation de l’auteur. (article original)

Apprenez à comprendre Twitter Beaucoup de journalistes ne comprennent pas Twitter. Certains sont critiques avant même de l’avoir essayé. D’autres s’y sont lancé il y a quelques années, l’ont trouvé insatisfaisant et n’y sont jamais revenu. Lorsque je milite pour son usage, je suis parfois écouté avec scepticisme devant ce qui peut paraître une perte de temps ou un manque de sérieux. Je suggère alors la lecture de cet article d’Alan Rusbridger, rédacteur en chef du Guardian (Why Twitter matters for media organizations). Parmi les quinze raisons qui lui font plaider en faveur de cet outils, Alan Rusbridger note 1) son pouvoir de diffusion 2) le fait que les news s’y trouvent désormais souvent en premier, 3) que comme moteur de recherche, il rivalise avec Google, 4) que sa capacité d’agrégation est remarquable, 5) qu’il constitue un bon outils de compte-rendu (reporting).

Actualisez votre profil Le portrait qui figure en haut de votre compte est très important pour vos visiteurs. Faites-y figurer les informations qui permettent de situer votre activité et de vous contacter: nom, numéro de téléphone, e-mail, lien vers votre site web ou celui de votre organisation; photo sur laquelle vous êtes reconnaissable. Rappelez-vous que c’est sur photo que beaucoup verront votre visage pour la première fois. Contentez vous d’un portrait rapproché de votre visage, et évitez les portraits accompagnés d’un monument national, d’un animal de compagnie ou d’un enfant. (Lire à ce propos: Why Profile Photos Matter, sur DNAinfo.com)

Tenez vos listes à jour Les listes Twitter, c’est un fantastique outils pour les journalistes qui veulent améliorer le ratio info/bruit sur leur timeline. Triez vos contacts par région ou par domaine d’activité pour recevoir directement les infos les plus pertinentes pour ce sur quoi vous travaillez!

Réfléchissez bien à vos tweet Sources, futurs employeurs, etc. porteront des jugements sur la base de ce que vous écrivez, donc c’est important. Si personne n’est intéressé à savoir avec qui vous sortez ou ce que vous mangez, personne ne vous demande non plus de devenir un automate qui ne tweete qu’à propos du travail. Pensez aussi à mentionner sur votre profil quelques-un des sujets à propos desquels vous voulez tweeter.

Etudiez le profil des autres Avant un entretien, pour un emploi comme pour une source, n’oubliez pas de jeter un œil aux comptes Twitter. C’est une bonne manière de passer rapidement en revue les intérêts d’une personne, son parcours, ce sur quoi elle est en train de travailler, et pas seulement pour entrer plus facilement en contact… N’oubliez pas de verifier les comptes suivis par votre correspondant. T4BP.com (Twitter for busy people) peut vous donner un apercu rapide d’un compte twitter.

Soyez sympa! Twitter semble parfois transformer les critiques du journalisme en moqueurs insignifiants (Lisez ce papier du DailyBeast). Que vous soyez d’accord ou pas… La leçon vaut sur Twitter comme dans la vie… ne soyez pas (trop) vache.

Pour en savoir plus et découvrir de nombreuses ressources sur le journalisme et les médias sociaux:Sree Sreenivasan sur twitter: @sree, sur facebook: SreeTips, et son site personnel: sree.net

(Illustr: capturé sur visibletweets)

 

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Le père de Google News bouscule les enfants de Pulitzer

Depuis huit ans, Google News bouleverse l’économie des nouvelles. Son concepteur, l’ingénieur en informatique Krishna Bharat, a offert au public de l’Ecole de journalisme de Columbia, le 7 avril dernier, un aperçu de la philosophie de l’engin.

Lors des attentats du 11 septembre 2001, Krishna Bharat entrevoit un problème: « Pendant plusieurs jours, je ne me suis nourri que d’informations », dit-il. Il constate alors que « la lecture des nouvelles sur Internet est inefficace: les sources à dispositions sont multiples, et le web permettrait de les lier entre elles, offrant à la confrontation une pluralité de perspectives. Mais elles ne le sont pas, simplement parce qu’elles sont publiées par une multitude d’agents qui s’ignorent entre eux.

Comment ça marche?

Deux ans plus tard, Google News est en ligne. En indexant tout le contenu de milliers de sites d’information sélectionnés, Google a désormais le pouvoir de comparer les publications. En opérant des analyses statistiques, les ordinateurs de la firme trient les articles par sujets, et les hiérarchisent en analysant leur évolution minute par minute: « Les ordinateurs comprennent-ils les nouvelles? Non. Ils agrègent les statistiques de décisions éditoriales pour produire une sagesse collective », explique l’ingénieur. Un paquet composé de différentes versions d’une même histoire, pourra, suivant sa dynamique de croissance, sa répartition géographique et d’autres critères, être mesuré aux autres, pour trouver sa position dans la hierarchie des nouvelles. Ainsi « la hierarchie des informations sur Google News reflète d’abord les choix éditoriaux des responsables de publications, et non la popularité des articles auprès des lecteurs (elle aussi prise en compte dans une mesure moindre, ndlr). » Continue reading

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Twitter et les grands reporters, amis pour la vie?

Raney Aronson-Rath, Stephen Engelberg

Raney Aronson-Rath, Stephen Engelberg

En Europe, on appelle grand reportage le commentaire plus ou moins poétique couplé aux photos acrobatiques de derniers cueilleurs de nids d’hirondelles. Aux États-Unis, le genre est présent même dans la presse locale, il s’applique à une très large catégorie d’enquêtes, reportages, interviews et essais fouillés, et il a ses gardiens.

Propublica en a réunis quelques-uns. L’organisation à buts non lucratifs, qui finance des journalistes pour couvrir des informations d’intérêt public, tenait le 16 mars 2011, dans une école de Manhattan, son tout premier event. Ira Glass (This American Life, producteur et présentateur), David Remnick (The New Yorker, rédacteur en chef), Raney Aronson-Rath (productrice, Frontline) et Stephen Engelberg (Propublica, directeur de la rédaction) étaient priés d’évaluer les chances de survie du grand reportage* dans un monde rythmé par les 140 signes de Twitter. La discussion était animée par Alison Stewart (Need to Know)

Notons d’emblée que naturellement, ces journalistes ne réfléchissent pas dans les mêmes termes que la plupart des responsables de rédactions romandes. Ils parlent de six mois pour une bonne histoire, et se demandent les uns les autres quel pourcentage de papiers ils peuvent se permettre de ne jamais publier parce qu’ils ne sont pas assez bons. (Glass: « Half the interviews I do, we don’t put in the air…How much do you kill? »).

En comparaison internationale, comme on dit, ils ont du temps, du fric et des reporters. En quantités gargantuesques. Néanmoins le reportage, « c’est du bungee jumping » reconnait Stephen Engelberg. On se lance sans jamais être sûr d’arriver à quoi que ce soit, et les meilleures histoires sont celles qui nous ont mené en dehors de tout ce que nous avions imaginé ».

Enseigner l’écriture en dehors de la fiction

Rien de tout cela ne peut se raconter en trois lignes. Frontline tire des documentaires d’une heure, le New Yorker étale ses papiers sur 60 000 signes. Comment captiver les lecteurs, comment vendre ces histoires aux longs cours?

David Remnick attire l’attention du public sur une question peu débattue: on peut trouver dans les écoles américaines (…et suisses) une déclinaison infinie de cours de littératures: poésie, théâtre, roman, etc… Il n’existe pour ainsi dire pas d’intérêt pour enseigner la non-fiction, (l’exercice de la dissertation mis à part). Sans l’affranchir des règles visant le respect de la vérité connue, la liberté du journaliste est immense. La créativité que permet la description de la réalité, infinie. « Cette variété est pour moi une source de fascination, en tant que journaliste, en tant que rédacteur en chef et comme lecteur engagé », dit David Remnick. Mais l’art d’écrire la réalité, fût-ce par des procédés littéraires, ça se travaille: quelles voix s’expriment, quels sont les temps à utiliser, comment décrire ce qu’on voit, bien exprimer son point de vue? Le champs à investir est immense… et ça me donne des idées, même si, pris dans un sens trop étroit, la simple évocation du mot storytelling fait s’allumer quelques voyants d’alarme.

Et la forme, bordel!

Raney Aronson-Rath concède réfléchir, elle, à une présentation plus « dynamique » des documentaires qu’elle diffuse. « L’i-Pad, dit-elle, nous force à redéfinir la façon dont les gens vont nous regarder ». Elle attend donc des documentaires « plus agressifs » dans leurs entrée en matière. « On ne peut plus compter sur des spectateurs collés à notre écran qui attendent le coup de théâtre final. Il faut en donner plus dès le début ». C’est là un point de désaccord avec David Reminck. Il explique que cette question de « tridimensionnalité de l’information » avait été débatue en rédaction. Et qu’il était certain qu’au New Yorker, on ne voulait pas de pop-up pour expliquer un mot dans un article, ni de tous ces artifices qui veulent vous tenir éloigné du moindre investissement littéraire. « Avec toute l’admiration et le respect que j’ai pour les films, je suis convaincu que la plus belle invention humaine reste le language ».

Si différentes traditions journalistiques cohéxistent, et que, même ici, on cherche encore à reconquérir le lecteur perdu, les cinq ont démontré que, investigation, essai ou reportage, le format long avait ses succès, y compris commerciaux. Ce qui m’a fait particulièrement plaisir, c’est que ce succès passe, pour beaucoup, par un usage de la langue créatif, divertissant et précis.

Le mot Twitter fut finalement très peu prononcé. Pour autant n’avions nous pas affaire à une audience de nostalgiques du papier. La salle était pleine et twitter peinait à suivre #lfsa, le ashtag annoncé par les organisateurs. Vous pouvez maintenant y retrouver les meilleures citations de la soirée, diffusées frénétiquement. Twitter fut servi, là encore, par des as du 100 000 signes qui savent dire en 3 mots toute l’intensité de leur métier. Si vous n’êtes pas convaincu, regardez la retransmission mise à dispo par ProPublica:

Video streaming by Ustream

… Et un résumé de la soirée chez Frontline/PBS

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